Interview Laurent Queffelec – Ferme aquaponique du Cotentin

FFDA : Bonjour Laurent Queffelec, vous êtes installé en aquaponie sous le nom Ferme aquaponique du Cotentin, est-ce que vous pourriez vous présenter pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas encore?

LQ : J’ai 50 ans, et je suis aquaculteur de formation. J’ai travaillé par le passé dans la commercialisation et la transformation des produits aquacoles et de la pêche, j’ai également géré une petite pisciculture de truite. J’ai passé une douzaine d’années outre mer et à l’étranger, dans des fermes de crevettes.

FFDA : Vous aviez quel genre de vie avant de décider de changer de vie?

LQ : J’étais salarié, directeur d’exploitation d’une ferme de crevettes en Nouvelle Calédonie.

FFDA : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans l’aventure? Vous étiez confiant sur votre réussite au départ? Quelles étaient vos craintes et qu’est-ce que vous conseilleriez aux personnes qui désireraient se lancer à leur tour?

LQ : Je souhaitais rentre en France pour faciliter la poursuite d’études de mes enfants. J’ai découvert l’aquaponie à ce moment là et le mode de production m’a tout de suite convaincu. J’ai creusé tout ce que j’ai pu trouver en ligne et commencé à préparer mon installation. Dès mon retour en France, je me suis mis à la recherche d’un terrain, j’ai commencé à réfléchir au dimensionnement et à l’organisation de ma future activité, à la création d’une étude de marché et d’un plan de financement.

Au lancement, j’étais confiant mais prudent, je savais que personne ne m’attendait et que mes futurs clients avaient déjà des fournisseurs. J’étais également inquiet au sujet de ma capacité à gérer le compartiment « cultures », pour lequel je n’avais pas d’expérience.

A un porteur de projet, je conseillerais de bien travailler son étude de marché, et de bien réfléchir aussi sur son organisation en matière de rotations de cultures dans le temps.

FFDA : Qu’est-ce que vous cultivez à l’heure actuelle? Avez-vous des projets de diversification de vos cultures?

LQ : Nous cultivons en fonction des saisons, puisque nous avons fait le choix de ne pas chauffer la serre par soucis de limiter notre impact environnemental. Principalement des aromates, des choux, des courges, des moutardes, des oignons, des navets, des betteraves en hiver, et également des aromates, des tomates, des salades, des courgettes, des fraises, des poivrons et piments, des physalis en été. Nous essayons de nouvelles variétés chaque année, et abandonnons celles qui n’ont pas bien poussé ou pour lesquelles les clients ne sont pas emballés.

FFDA : Que pourriez-vous dire sur l’état de l’aquaponie en France en 2020?

LQ : Je constate un nombre croissant d’installations, sur des modèles très diversifiés. C’est la preuve de l’intérêt que ce mode de production suscite auprès des porteurs de projet, et j’espère que chacun trouvera son marché pour pérenniser son activité. J’aimerais que la filière se structure, de sorte que le dialogue avec les communes, les départements, les régions, l’Etat et l’Europe soient facilités. Cette structuration devrait également permettre de mieux accompagner les nouvelles installations.

FFDA : Et si on parlait un peu chiffres? Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus sur les coûts et le financement de votre projet?

LQ : L’investissement global pour moi a représenté environ 150 000 euros: 50 000€ pour le terrain, le terrassement et les branchements eau, énergie et télécom, 50 000€ pour la serre y compris le montage, et 50 000€ pour le matériel qui m’a permis de créer le système. J’ai obtenu un prêt de 90 000€ et j’ai financé le reste moi-même.

FFDA : Comment s’est déroulé votre premier RDV à la banque? Vous vous êtes sentis pris au sérieux?

LQ : J’ai évidemment rencontré plusieurs banques; aucune n’avait entendu parler d’aquaponie, il m’a donc fallu expliquer beaucoup. J’ai bien senti que mes interlocuteurs auraient été plus à l’aise avec des productions conventionnelles. Mon passé professionnel a sûrement facilité cette étape.

FFDA : Pour finir sur les aspects financiers, vous avez eu recours à des aides ou subventions?

LQ : J’ai en effet pu profiter du fonds FEADER pour une partie des investissements, ainsi que d’une aide départementale en complément. J’ai également été accompagné pour la réalisation de mon étude de marché.

FFDA : Quels seraient les conseils que vous pourriez donner à nos lecteurs?

LQ : Mon installation a duré deux ans, mais a posteriori je suis persuadé que cette attente m’a permis de mieux mûrir mon projet. J’ai visité autant de fermes que possible, j’ai beaucoup lu y compris sur internet, j’ai suivi une formation. J’aurais aimé pouvoir effectuer un stage dans une ferme en activité, mais c’était encore plus compliqué qu’aujourd’hui…

FFDA : Vous avez un message à faire passer?

LQ : Je vais mettre ma casquette de président de la FFDA. Je suis convaincu qu’une fédération vraiment représentative du secteur permettra de mieux faire connaître nos modes de production, et leurs particularités. J’imagine que par le dialogue, il sera possible de faciliter l’accès aux aides et subventions, aux formations qui devraient se multiplier, et d’appuyer des travaux de recherches pour améliorer nos connaissances et nos procédés. Toutes ces avancées devraient faciliter l’installation et la pérennisation de fermes aquaponiques.

FFDA : Merci pour toutes ces informations et pour le temps passé à nous répondre. Toute l’équipe de la FFDA vous souhaite le meilleur dans votre projet et nous espérons que nous nous reverrons bientôt pour échanger à nouveau et prendre des nouvelles.

Lien vers le site de Laurent : http://www.fermeaquaponiquecotentin.fr/